LE PROGRAMME LOGICISTE

Les publications archéologiques exposent, à partir de la description des vestiges matériels de l'activité humaine, les théories ou ‘constructions' formées sur cette base pour enrichir notre connaissance des sociétés anciennes sur toutes sortes de plans – histoire, économie, organisation socio-politique, économie, techniques, croyances, etc. Le programme ‘logiciste' est le nom donné il y a plus de vingt ans à un ensemble de recherches visant à clarifier les mécanismes et les fondements des raisonnements pratiqués dans de telles constructions (Gardin 1980). Elles ont assez vite débouché sur des ‘schématisations' de ces raisonnements au sens où le logicien J.-B. Grize a défini ce terme : "des modèles engendrés par un discours en langage naturel" (1974). Le passage de l'écrit à la schématisation est une réduction, comme dans toute modélisation, mais qui conserve la totalité des éléments constitutifs de la construction cognitive proprement dite, dégagée de l'appareil rhétorique auquel font appel les présentations narratives traditionnelles.

L'étape suivante du programme a porté sur le parallélisme observé entre la structure bipartite des schématisations logicistes (données de base et opérations de réécriture de type ‘[SI] p ---> [ALORS] q') et le paradigme computationnel en général (Gardin et al. 1987). Cette homologie est à l'origine d'applications informatiques de deux ordres : (a) des expériences de simulation de raisonnement tournées vers des problèmes de méthodologie (Francfort 1991) ; (b) un programme de publications électroniques d'un genre nouveau, bâties selon le principe de la modélisation logiciste (Roux 2000). THE ARKEOTEK PROJECT est une des pièces majeures de ce programme (Gardin et Roux 2004).

Enfin, les questions d'épistémologie soulevées par l'ensemble de ces travaux sont aujourd'hui reprises dans le cadre d'un débat plus général sur l'évolution à long terme des sciences de l'homme, en rapport avec des dualismes variés tels que Science et Littérature, Formalisation mathématique et Langage naturel, Modèle et Récit, Raisonnement professionnel et Sens commun, etc. (Gardin 2001, 2003).

Références :

Francfort H.-P. 1991. «The sense of Measure in Archaeology : an Approach to the Analysis of Proto-urban Societies with the Aid of an Expert System», in : J.-C. Gardin & C.S. Peebles (eds.), Representations in Archaeology, Indianapolis, Indiana University Press, p. 291-314.

Gardin J.-C. 1980. Archaeological Constructs, an Aspect of Theoretical Archaeology, Cambridge, Cambridge University Press and Editions de la Maison des Sciences de l'Homme. Adaptation française : 1979. Une archéologie théorique, Paris, Hachette. Traduction russe : 1983. Teoreticheskaja Arkheologija, Moscou, Ed. Progress.

Gardin J.-C., Guillaume O., Herman P.Q., Hesnard A., Lagrange M.-S., Renaud M. et Zadora-Rio E. 1987. Systèmes experts et sciences humaines : le cas de l'archéologie, Paris, Eyrolles. Traduction anglaise : 1988. Artificial Intelligence and Expert Systems : Case Studies in the Knowledge Domain of Archaeology, Chichester, Ellis Horwood.

Gardin J.-C. 2001. «Modèles et Récits», in : J.-M. Berthelot (dir.), Epistémologie des sciences sociales, Paris, Presses Universitaires de France, pp. 407-454.

Grize J.-B. 1974. «Logique mathématique, logique naturelle et modèles». In : Sciences humaines et formalisation, Jahresbericht der Schweizerischen Geisteswissenschafklichen Gesellschaft, pp. 201-207.

Roux V. (sous la direction de), 2000. Cornaline de l'Inde : Des pratiques de Cambay aux techno-systèmes de l'Indus, Paris, Editions de la Maison des sciences de l'homme, 534 p. Cédérom bilingue inclus.

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